Gravure 2 nm, premier CPU mobile à 5 GHz, IA agentique embarquée, Wi-Fi 8 : à Maui, Qualcomm a présenté non pas une mais deux puces phares pour la prochaine génération de smartphones Android. Une stratégie qui offre plus de choix aux constructeurs, mais qui risque surtout de semer le trouble chez les acheteurs.
Pendant des années, la règle était d’une simplicité biblique : un smartphone Android haut de gamme embarquait la puce Snapdragon 8 de l’année, point. Cette époque est révolue. Réuni sur l’île de Maui, à Hawaï, pour son traditionnel Snapdragon Summit, Qualcomm a officialisé le 22 septembre deux plateformes distinctes au sommet de sa gamme : le Snapdragon 8 Elite Gen 6, successeur direct du 8 Elite Gen 5, et le Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6, présenté comme la puce mobile la plus puissante jamais conçue par le fondeur américain.
Pour Chris Patrick, vice-président sénior en charge de la division Mobile Handsets, cette approche » multi-flagship » répond à un marché qui s’est fragmenté : pliants, smartphones gaming, photophones… chaque constructeur cherche désormais à se distinguer, et réclame des puces taillées pour ses usages. Sur le papier, l’argument tient la route. Dans les rayons, c’est une autre histoire.
Deux puces, un logo (presque) identique
C’est le premier point de vigilance, et il est de taille. Comme l’a relevé Frandroid, seule une bordure dorée un peu plus épaisse distingue le logo de la version Extreme de celui de la version standard. Pas de lettre distinctive, pas de couleur dédiée. Interrogé sur place, Chris Patrick a assumé ce choix : Qualcomm souhaite que le grand public retienne simplement la mention » Snapdragon 8 Elite Gen 6 « , charge aux constructeurs de sélectionner la puce adaptée à chaque modèle.
Le hic ? Comme nous allons le voir, les écarts entre les deux puces sont loin d’être anecdotiques en jeu vidéo, en IA et en vidéo. Autrement dit, deux smartphones affichant fièrement » Snapdragon 8 Elite Gen 6 » sur leur fiche produit ne joueront pas forcément dans la même cour. Un conseil : traquez le mot » Extreme » avant de passer à la caisse.
2 nm et 5 GHz : le cap symbolique est franchi
Les deux puces partagent le même socle. Elles sont gravées en 2 nm (le procédé N2 de TSMC, selon Frandroid), une première pour Qualcomm. Le fondeur arrive d’ailleurs dernier sur ce créneau, après Samsung (Exynos 2600), Apple (A20 Pro) et MediaTek (Dimensity 9600 Pro).
Côté CPU, on retrouve une nouvelle génération d’Oryon (la quatrième, précise Qualcomm sur la page de l’Extreme), qui conserve sa configuration à huit cœurs : deux cœurs Prime qui atteignent désormais 5 GHz, une première sur smartphone, et six cœurs Performance à 4 GHz. L’ensemble s’appuie sur 16 Mo de cache baptisé Oryon Flex Cache.
Les gains annoncés restent pourtant mesurés : +10 % de performances CPU pour le Gen 6 et +13 % pour l’Extreme par rapport au Gen 5, alors que les deux fiches techniques décrivent un processeur strictement identique. Une bizarrerie que Qualcomm n’a pas encore expliquée. Ces progrès suivent de près la hausse des fréquences, signe que cette nouvelle génération d’Oryon mise davantage sur la fréquence que sur l’architecture. Le vrai bénéfice du 2 nm est ailleurs : +37 % d’efficacité énergétique. De quoi espérer une autonomie en progrès, à confirmer lors de nos tests.
GPU : c’est ici que l’Extreme creuse l’écart
Le GPU Adreno, » réarchitecturé » selon Qualcomm, progresse de 35 % sur le Gen 6 et de 44 % sur l’Extreme, avec dans les deux cas 40 % d’efficacité en plus. Les deux puces gèrent le ray tracing matériel ainsi que les technologies Lumen et Nanite de l’Unreal Engine 5.
Mais l’essentiel est réservé à l’Extreme. Celui-ci reçoit des cœurs matriciels Adreno dédiés à l’IA, directement intégrés au pipeline graphique, et la technologie Adreno Neural Fusion. Les joueurs PC reconnaîtront le principe du DLSS de Nvidia : l’image est calculée dans une définition réduite, remontée par IA, puis complétée par des images intermédiaires générées pour gagner en fluidité. Qualcomm promet des graphismes de niveau console avec une consommation réduite, et annonce des intégrations sous forme de modules pour les moteurs de jeu utilisés par les développeurs. Les deux puces disposent d’une mémoire graphique haute performance (HPM), qui limite les allers-retours énergivores vers la mémoire vive. Sur l’Extreme, elle atteint 18 Mo et profite d’une architecture revue qui permettrait 12 % d’économie d’énergie supplémentaire. Bien vu pour les longues sessions de jeu !
IA agentique : le grand thème de l’année
Le NPU Hexagon est lui aussi profondément remanié sur les deux puces : 12 unités scalaires, 8 vectorielles, une tensorielle et un nouveau bloc baptisé Element Accelerator, chargé d’accélérer le travail des agents IA. La prise en charge de la précision INT2 permet par ailleurs de faire tenir des modèles plus volumineux dans la mémoire d’un smartphone.
Là encore, l’écart se creuse : le NPU progresse de 14 % sur le Gen 6, contre 35 % sur l’Extreme. Surtout, grâce à 50 % de mémoire partagée en plus, l’Extreme limite les allers-retours vers la mémoire vive et peut exécuter localement des modèles d’IA plus volumineux.
Les deux puces partagent en revanche un Sensing Hub remanié, ce coprocesseur basse consommation toujours éveillé qui gère notamment les commandes vocales. Il passe à deux micro-NPU, et Qualcomm annonce jusqu’à 85 % de performances en plus pour l’apprentissage embarqué sur l’Extreme. Il alimente Personal Scribe, une fonction qui construit un graphe de connaissances personnel à partir de la voix, de l’audio et des capteurs. Tout est traité localement, argument de confidentialité que Qualcomm met en avant. Reste à savoir quelles applications l’exploiteront, et qui aura accès à ce graphe.
Photo et vidéo : la 8K60, c’est Extreme ou rien
Le socle commun hérite de trois processeurs d’image 20 bits capables de gérer des capteurs jusqu’à 320 Mpx, d’une prise en charge de trois capteurs de 64 Mpx sans latence au déclenchement, ainsi que de nouvelles briques : Intelligent Pixel Control, qui associe 16 bits de données IA à chaque pixel pour mieux comprendre la scène, l’Elite Color Engine, qui applique en temps réel des tables colorimétriques 3D LUT. La fiche du Gen 6 met aussi en avant Motion Intelligence, qui anticipe les mouvements pour stabiliser l’image.
La vidéo marque en revanche une frontière nette. Le Gen 6 filme en 8K à 30 images/s et en ralenti 4K à 120 images/s. L’Extreme grimpe à 8K à 60 images/s et 4K à 240 images/s. Il est aussi le seul à prendre en charge le codec professionnel APV, concurrent du ProRes d’Apple, et le décodage matériel VVC (H.266), successeur du HEVC, pour une lecture vidéo plus économe. Les vidéastes savent donc quoi chercher.
Connectivité : 5G Advanced et premiers pas du Wi-Fi 8
Les deux puces reçoivent le modem X105, présenté comme le premier compatible avec la Release 19 du 3GPP, dernière étape de la 5G Advanced avant la 6G. Les débits théoriques atteignent 14,8 Gbit/s en réception et 4,2 Gbit/s en émission. Des chiffres que personne ne verra en conditions réelles, mais la gestion de six antennes promet surtout une connexion plus stable. La connectivité satellite (NR-NTN) couvre désormais la voix, la vidéo et les données.
Le module FastConnect 8800 inaugure quant à lui le Wi-Fi 8 (802.11bn), une norme qui privilégie la fiabilité et la latence plutôt que le débit brut. Qualcomm annonce tout de même jusqu’à 11,6 Gbit/s grâce à une configuration 4×4 inédite sur smartphone. Bluetooth 6.0, UWB et Thread complètent l’ensemble. Pratique !
Qui en profitera, et quand ?
Le communiqué officiel cite Honor, iQOO, Motorola, Nubia, OnePlus, OPPO, REDMI, RedMagic, vivo, Xiaomi et ZTE. Samsung n’y figure pas, même si les rumeurs l’associent à la future gamme Galaxy S27. Les premiers modèles sont déjà connus : Xiaomi a confirmé que ses 18 Pro (Gen 6) et 18 Pro Max (Extreme) seront commercialisés en Europe, contrairement à la génération précédente, tandis que Motorola a dévoilé son Signature 27 sous Extreme. Red Magic a également confirmé l’Extreme pour son 12 Pro+.
Le double lancement de Qualcomm offre aux constructeurs une vraie latitude, et aux passionnés une puce Extreme qui s’annonce comme une bête de course en jeu, en IA et en vidéo. Mais il impose aussi au grand public une vigilance nouvelle, dans un marché où MediaTek continue de grignoter des parts sur le haut de gamme. Les chiffres présentés ici restent ceux du constructeur : seuls nos tests diront si les promesses tiennent la route.
Disponibilité : premiers smartphones attendus dans les prochaines semaines. Prix et dates de commercialisation en France non communiqués.
Fiche comparative
| Caractéristique | Snapdragon 8 Elite Gen 6 | Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6 |
|---|---|---|
| Référence | SM8950 | SM8975 |
| Gravure | 2 nm | 2 nm |
| CPU Oryon | 2 × 5 GHz + 6 × 4 GHz | 2 × 5 GHz + 6 × 4 GHz |
| Cache CPU | 16 Mo Oryon Flex Cache | 16 Mo Oryon Flex Cache |
| Gain CPU vs Gen 5 | +10 % | +13 % |
| Efficacité CPU vs Gen 5 | +37 % | +37 % |
| Gain GPU vs Gen 5 | +35 % | +44 % |
| Efficacité GPU vs Gen 5 | +40 % | +40 % |
| Adreno Neural Fusion / cœurs matriciels | Non | Oui |
| Mémoire GPU haute performance (HPM) | Oui (capacité non précisée) | Oui, 18 Mo |
| Gain NPU vs Gen 5 | +14 % | +35 % |
| Performances IA par watt vs Gen 5 | +20 % | +33 % |
| Mémoire partagée NPU | Standard | +50 % |
| Mémoire vive | LPDDR5X/6, 5 300 MHz, 24 Go max | LPDDR5X/6, 5 300 MHz, 24 Go max |
| Stockage | UFS 5.0 | UFS 5.0 |
| Vidéo max | 8K30, ralenti 4K120 | 8K60, ralenti 4K240 |
| Photo | 320 Mpx, triple 64 Mpx sans latence | 320 Mpx, triple 64 Mpx sans latence |
| Capture APV / décodage VVC (H.266) | Non | Oui |
| Modem | X105 (14,8 / 4,2 Gbit/s) | X105 (14,8 / 4,2 Gbit/s) |
| Wi-Fi / Bluetooth | FastConnect 8800 : Wi-Fi 8, BT 6.0 | FastConnect 8800 : Wi-Fi 8, BT 6.0 |
Données constructeur. Sources : communiqué et fiches produit Qualcomm (SM8950 et SM8975), Frandroid, Phonandroid, L’Éclaireur Fnac.







